Par souci d'anonymat, tous les prénoms ont été changés.

Pour lancer le débat, Ben a fait part de son expérience personnelle en expliquant qu’il n’avait jamais fait de coming-out officiel, bien qu’il ait toujours vécu avec un homme. Sa mère lui a fait comprendre qu’elle avait compris, par des sous-entendus, mais sans en parler ouvertement. Ses frères et sœurs l’ont su ; le reste de sa famille jamais officiellement, mais il était invité avec son ami. Seulement deux personnes de sa famille ont refusé de le voir.

Est-ce que cela nous semble plus difficile de le dire à une personne à qui on tient, car s’ils le prennent mal, "on perd tout" ?

Marine a expliqué qu’elle en avait tout d’abord parlé à ses amis, son frère… pour prendre l’habitude d’en parler. Elle a attendu pour ses parents, d’être avec quelqu’un, d’être "assumée".

Pour Yann, le coming-out concerne la famille, les amis, il sous-entend la peur de perdre les gens. C’est aussi la révélation au travail. Il a préféré le dire à sa patronne pour éviter que quelqu’un ne le dise avant. Il en avait auparavant parlé à son frère, puis à ses parents pour "se libérer de toujours", ne plus se cacher. Il l’a ensuite dit à sa famille et ses patrons. Tous l’ont bien pris. S’il a agit ainsi, c’est parce que c’était lourd pour lui de mentir.

Benjamin soulève la différence de la vie à la ville ou à la campagne, environnement différent qui rend la situation plus ou moins facile. Il a ensuite parlé à ses amis, son frère et sa sœur puis à ses parents. Pour lui, vivre à la campagne rend plus difficile sa vie, car tout le monde se connaît et les mentalités ne sont pas les mêmes.

Sur 21 personnes présentes, 3 n’ont rien dit à leurs parents.
Il s’avère qu’un modus vivendi est tout à fait possible si on ne vit pas proche de ses parents, explique l’un d’eux.

Est-ce qu’on est soi-même quand on ne dit pas ? Est-ce que ne rien dire, ce n’est pas aussi mentir ?

Jeanne nous a expliqué que depuis toute petite sa fille écrivait des journaux intimes. A 18 ans, Anna les lui a laissé sur le canapé pour qu’elle puisse les lire. Après lecture, elle est allée lui expliquer que tout allait bien. Jeanne a senti un grand soulagement chez sa fille et elle-même a été soulagée que la vérité éclate. Elle a fait un tri dans ses relations, a gardé les tolérants et les compréhensifs et ne regrette pas les autres.

Yann reparle de sa mère. Elle ne veut pas en entendre parler, c’est comme si il n’avait jamais fait son coming-out. Mais il continu à en parler pour montrer qu’il est bien dans sa tête et qu’il n’a pas de problème avec son entourage.

Jeanne : "c’est leur vie, on n’a pas le droit d’imposer, on ne choisit pas l’amour. C’est trop facile de dire tu fais comme ci comme ça ! Où est la normalité ? ".

Shane a connu un début plus difficile puisqu’elle a décidé de faire son coming-out alors qu’elle était amoureuse d’une fille pour la première fois. Ses parents ont insinué que c’était sa copine qui l’avait fait dévier du droit chemin, ils lui ont alors interdit de la revoir. Face à cette situation, le couple a cassé. Maintenant Shane ne présente plus ses petites amies à ses parents. Pendant quatre ans c’était un calvaire. Ses parents l’ont carrément envoyé aux urgences chez un psy. Elle a osé en reparler cette année grâce à l’association.

Marine explique qu’en fin de compte, cela se passe mieux avec ses grands-parents qui lui demande des nouvelles de son amie.

Jonathan a abordé sa bissexualité qu’il gère bien dans sa tête. Il en a parlé à ses frères, ses sœurs, après avoir laissé de nombreux indices. Sa famille a réagit également même si son père rencontre plus de difficultés. Il ne conçoit pas que Jonathan, dernier fils de la famille, ne donne pas une descendance pour perdurer le nom de la famille. Donc ils n’en parlent pas entre eux.

Steven se rappelle de la réaction des parents de son premier ami : "c’est la honte pour nous !".

Les parents de Marine ont réagi de manière semblable puisqu’ils ont demandé à Marine de penser à leur entourage.

Jeanne sourit en disant que son mari a essayé de féminiser sa fille en lui achetant des jupes !

Marine s’est entendu dire que si elle avait été caissière, si elle n’avait pas fait d’études, elle n'aurait pas rencontré sa copine et n’aurait pas tourné comme ça.


La mère de Shane croit encore qu’elle peut changer.

Pour Jacques, la situation a été simple puisque sa mère a été lesbienne. Après lui en avoir parlé, c’est sa mère qui lui a fait son coming-out auprès de sa famille. Il sont maintenant très proches.

Charles aussi a eu une situation plus simple puisque son frère, lui aussi homo, a essuyé les plâtres.

Marvin qui se sent plutôt bi pour l’instant préfère attendre et ne rien dire, de peur de perdre son père.

Stéphanie a menti pendant cinq ans à sa mère. Elle en a parlé à sa sœur en premier et lui a demandé de tester sa mère. Devant sa réaction, Stéphanie est sorti avec un homme pour lui faire plaisir mais a rapidement compris que "ça ne le faisait pas !". Elle a présenté sa copine à sa mère qui a refusé d’en parler, depuis, plus aucune relation, ignorance totale même quand elles se croisent dans la rue.

La fille de Jeanne a elle aussi "testé" pour entrer dans un moule. Jeanne trouve sa fille plus épanouie maintenant qu’elle sort avec une fille.

Roméo est jeune, 17 ans, ne s’est jamais vraiment posé de question, il est comme ça et c’est ainsi. Il le vit bien et ne s’en cache pas. Plutôt que dans parler, il a laissé ouvert des MSN, laissé traîner des photos. Ses parents l’accepte, lui et son ami.

Est-ce que les petit(e)s-ami(e)s sont admis dans la famille ?

John avait une mère handicapée, donc ses parents vivaient avec la différence et n’ont eu aucun problème pour accepter la sienne. Pourtant la culture judéo-chrétienne familiale a conduit la famille à se questionner sur le problème de sa descendance. Lors des réunions de famille, il n’y a aucun tabou, car certains ont des amis gays.

Ben, sur le ton de l’humour, souligne que nous sommes à une autre époque et qu’à la sienne, en 19.., ce n’était pas aussi facile, d’autant plus qu’il était mineur moins de 21 ans (détournement de mineurs pour ses partenaires majeurs) et que l’homosexualité était une maladie mentale...

Marine revient au coming-out et explique qu’elle a éprouvé une double culpabilité : avant d’être lesbienne, celle de mentir ; mais aussi après, puisqu’elle a laissé ses parents dans un désarroi terrible. Elle-même n’était pas mieux.

Maxime avoue se trouver pleins d’excuses pour ne rien dire. D’ailleurs doit-on toujours éprouver le besoin de le dire ?
Quelqu’un explique que ses parents lui ont tendu la perche, que ça a donc été plus facile. Mais est-ce que c’est vraiment plus facile d’en parler au moment où les parents tendent la perche ? Est-on prêt à moment-là pour en parler ?

Pierre a mis en boucle "Comme ils disent" de Charles Aznavour pour mettre la puce à l’oreille de sa mère ! Celle- ci, au bout d’un moment lui a demandé pourquoi il mettait toujours ce disque. Face à la vérité elle lui a répondu : "Est-ce que tu as fait le bon choix ? Ne me fais pas de la peine pour rien !! ".
Quand on le dit à ses parents quand on est avec quelqu’un, les parents pensent que c’est lié à cette personne et n’ose imaginer que nous sommes gays, tout simplement, pour la vie.

La maman de Barthélémy passe de temps en temps chez lui, mais trouve toujours que ses "maris" ne sont pas assez bien !

Lors d’un repas de famille, sommes-nous invité(e)s comme tout autre couple ?

Marine : oui
Jonathan : non, tant que rien n’est définitif, il ne demande rien
Yann : non, c’est toujours le même combat
Benjamin : oui ils sont polis. Mais peut-être regrette-t-il cette invitation polie, sous couvert d’égalité, qui cache malaise et hypocrisie.
Marie : maintenant oui
Barthélémy : en 10 ans je n’ai jamais été invité

Quelles sont nos relations familiales ?

La mère de Charles voudrait qu’il parle plus de sa vie. Tout comme la mère de Steven.

Jeanne
ne fait pas la différence entre ses deux filles, en fin de compte, elles rencontrent les mêmes problèmes de couple !

Marie a choisi de quitter sa région d’origine pour pouvoir vivre sa vie. Etant fille unique de surcroît, elle avait besoin de se libérer de ses parents pour vivre pleinement. Elle a pris cette décision le jour même où elle a annoncé à ses parents qu’elle était homo.

Pour Stéphanie, c’est un refus total.

Shane a vu sa mère faire un pas en avant lors du Forum des Associations d’Alençon, même si elle avait un peu peur pour cette grande visibilité.

Jeanne pense que sa fille vit mieux à Paris, c’est plus anonyme, même s’il ne faut pas oublier les propos homophobes.

Barthélémy a eu des problèmes de violence physique avec son beau-père.


Stéphanie s’est faite insulter.
Cette violence est d’autant plus difficile quand elle vient de la famille.